Peut-être par erreur, quoi qu’il en soit, maintenant qu’il est là, il faut faire avec, assumer et éviter les embûches.
Ce qui reste le plus intéressant, c’est la façon dont on se retrouve à deux vietnamiens, un belge, une allemande et un français, autour d’une table dans un petit grand resto d’un quartier excentré d’HCMC pas bien reconnu pour sa vie nocturne. Encore plus fou de se retrouver autour de cette bouteille en forme de dragon contenant le liquide incriminé et le verre petit mais costaud qui l’accompagne.
L’enchainement des événements rend inévitable le mal de crâne du lendemain matin, après-midi et soir.
Tout commence le 22 Décembre, jour de mon départ pour la France. Un poil en retard et blêmissant devant les embouteillages qui s’accumulent à 17h, je décidais de partir un tantinet en avance pour assurer le coup. Après avoir refusé les avances d’un motobike qui se proposait de m’emmener, moi et mes 40kg, à l’aéroport à dos de Honda Wave ancienne génération, je prends place dans le taxi.
S’en suit une succession d’appels téléphoniques teintés d’émotion pur pour signifier à mes interlocuteurs mon impatience à rentrer au pays du grand froid. Vint le tour de mon fournisseur. « Quoi tu es déjà sur la route ???Tu passes pas au bureau ?? », pas là non, « Mais j’avais pleins de cadeaux pour ta famille »….et merde, pourquoi je m’en doutais.
C’est décidé il enfourche sa motobike et me rejoint à l’aéroport avec tout l’attirail du parfait exportateur vietnamien.
Séquence émotion, au moment de se quitter, il n’oublie pas de me mentionner de bien me préparer car une petite fête prendra place lors de mon retour. Cette fois-ci, pas question de se défiler. Lors de mon retour automnal, j’avais raté la première (à ma décharge j’ai appelé 20 fois mais j’étais pas censé prévoir que mon petit bonhomme commencerait ma fête à 16h, pour être saoul à 17 et donc ne plus entendre son portable pour me donner l’adresse à 19h, heure habituelle de fin de chantier un Vendredi).
Bref, cette fois-ci j’y aurai droit.
J’entreprends donc de me préparer psychologiquement et physiquement et de profiter de tout ce que cette chanceuse terre offre aux français : chocolat pour reprendre la graisse qui me permettra d’être endurant lors de l’épreuve de force, vin , champagne, foie gras, bref classique comme les films de René Château.
Entre temps, mon petit bonhomme se prépare aussi. Il remercie encore aujourd’hui la victoire historique des siens lors de la coupe Toyota d’Asie du Sud Est, qui lui donnera l’alibi de pouvoir picoler sans demander de visa à sa femme pendant 15 jours : salopard, il va arriver affûté comme jamais pour notre petite sauterie.
Un jour de l’an sponsorisé par Long Islands and co et la ville d’Avallon, un séjour à Hong-Kong dans un quartier rupestre, une expédition de 2 jours à Nantes pour fêter un papier mi A4, mi A3, qu’ils ont bien du galérer à le découper à la bonne taille mais qui valu quelques caisses de champagne pour fêter l’exploit : voici pour mon coup de collier, prêt à affronter Monts et Merveilles.
Entre plateaux repas, nuit sur le carrelage froid de l’aéroport de Doha, course poursuite dans l’aéroport de Beijing, cache cache avec les douaniers, rencontre surprenante avec l’ancien concierge de l’immeuble où l’on vivait à Haerbin, arrachage de bras dans les rues teintées de luxure de HK (un peu plus je me prenais pour Brad Pitt), journée entière de shopping record à Paris pour 24 euro (c’est nul les soldes en hiver quand on vit au chaud), attente puante de mes bagages, feu de joie à la gloire de l’industrie chimique chinoise, des embrassades, des engueulades, bref rien ne change excepté mon bilan carbone et l’état d’usure de mes valises.
Après tant d’aventures, la reprise est dure. Et pas question de se laisser aller, mon boss présent au Vietnam veille au grain. Il a d’ailleurs une drôle de façon de me motiver.
Alors que j’effectuais mon retour éclair en France, après une sympathique semaine d’exposant au salon du jouet hong-kongais où il n’eut de cesse de me refiler les clients ne parlant ni anglais, ni français bien au contraire (je trouvais limité et légèrement inconvenant de leur faire partager mon vocabulaire chinois qui s’effrite de jour en jour : salut, ça va, t’es marié ? T’es bourré ?) ; il était de corvée pour venir à HCMC pour la visite d’un gros client anglais. Ensuite, durant mon sirotage de champagne, il était à Jakarta pour une sombre histoire mafieuse de gros sous et devait ainsi rentrer au Vietnam le Mercredi soir. Enfin c’est ce que je croyais…….Il s’est avéré qu’il était beaucoup plus bronzé que ce qu’il n’aurait du……c’est avec un immense sourire qu’il m’avoua tout de même qu’il était finalement rentré Lundi et qu’il s’était fait un petit plaisir à Phu Khoc, petit paradis sud vietnamien entouré d’eau. Il me le conseille vivement d’ailleurs, c’est déjà ça.
Le puzzle de notre soirée suicide se met en place car c’est lors de ce business trip sous les tropiques qu’il rencontrera l’allemande Daniella à la voix rauque.
Bref nous voici tous réunis à HCMC où la température est clémente et agréable : 28°, enfin une saison où l’on n’est pas obligé de changer de chemise 4 fois par jour ! En prévision de mes futures soirées arrosées, je retourne donc me louer une motobike. Par contre je ne comprends pas, il m’a refilé une poubelle et m’a ordonné de ne pas dépasser les 40, y aurait-il donc des caisses noires sur ces engins enregistrant le moindre de vos petits écarts ??? L’enquête méritera d’être mené.
Vendredi arrive, le timing est posé, 19h, début des hostilités, 23h transfert des hostilités vers un autre front pour l’anniversaire de deux copines. Bien sûr trop beau pour être vrai mais je décide tout de même de me faire beau et de m’arperger de mon fabuleux nouveau parfum acheté au Duty Free hong-kongais pour plus cher que dans les petits commerces français. De façon classe et retenu je recouvrais mon cou et mes poignets de cet attrape salope en puissance, substance ainsi nommé dans le cercle fermé de mes amis romantiques de France et de Navarre avec lesquels il fut décidé que devant la crise planétaire de 2008, l’année 2009 serait celle de la meuf. C’est avec cet espoir presque contenu que j’entreprenais le transport vers ce futur lieu de débauche où les rencontres seront surprenantes.
Nous voici donc au restaurant avec mon petit bonhomme Hieu, nous rejoignons un de ces amis. Le ton est donné car il était présent lors de ma toute première soirée saïgonnaise où il avait été fournisseur officiel d’alcool de riz. Sentant mon inquiétude, Hieu n’aura de cesse de me rassurer, « Ne t’en fais pas il habite à côté et il en a 20L à la maison au cas où on en manquerait ». Me voici donc serein. Mon boss et son allemande nous rejoignent et le coup d’envoi est lancé.
Bande de malheureux, vous foncez tête baissée mais il y a des règles à respecter, aussi strictes que celles du Wiz Zip Boom pour les connoiseurs :
-1 verre pour la table tu utiliseras
-Chacun son tour tu boiras
-Par le plus respectable tu commenceras (autant vous dire que ce n’était pas moi)
-Ton respect tu montreras (cette règle reste ma préférée)
-Contester tu ne feras point
-3 verres tu boiras si tu es en retard
-7 verres tu boiras si ta femme t’ordonne de rentrer à la maison
Fournisseur d’alcool n’étant pas suffisant, il ramènera également de la bouffe…quoi de plus normal lorsque l’on est au restaurant…et ce, sans la moindre protestation des tenanciers. Les tours de table défilent, il est temps de faire un premier break. Je rencontre Red Viet’ aux toilettes, petit et bourré, me saluant de son plus bel accent, il aura la tête dans la cuvette 3s après.
Il ne s’agit pas que de nous mais c’est un rituel au Vietnam d’être alcoolique. Il paraîtrait même qu’il est du devoir de la Femme vietnamienne de prendre soin de son mari alcoolisé lorsqu’il rentre à 4h du mat’, alors qu’un bon vieux canapé ou un bon vieux carrelage ne changerait pas grand chose.
Bref la soirée s’échauffe et je sens le vacillement proche, il est 21h30 et moi j’ai une soirée après, ça sent la crise. Je mets donc au point une tactique avec mon boss et je bénis les vietnamiens d’être des accrocs de la télévision.
La bonne vieille feinte, tiens regarde c’est david beckham sera infaillible et me permettra pendant 2 tours de subrepticement vider mon verre sur mes pieds. Malgré l’aide de mon boss, je décidais que ce n’était pas assez et que je devais réellement me venger de son petit séjour à la plage, la solution vint rapidement.
Comme l’explique les règles, ce jeu veut que l’on montre son respect à travers des coups francs où une personne en désigne une autre et lui fait l’honneur de vouloir boire avec lui. Il faut également définir la hauteur du respect : 50% pour un verre, 100% pour deux verres, 150% pour trois verres etc etc. Les dés sont lancés par notre fournisseur qui décide de respecter mon boss 50%, tout de suite après Hieu, dans un déchainement de sollicitude, décida que lui le respectait à 100% (à ce stade nous attaquions la deuxième bouteille avec un dragon dessus). Dans un élan de malice et sentant sa fin proche, je décidais de le respecter à 150%. Un salopard mal contrôlé sera la réponse à ma requête mais c’est le jeu ma pauvre Lucette.
Là où cette règle est intéressante est que le respecté ne peut devenir le respectueux.
Pendant ce temps là, notre allemande ne sourcillait pas et enchainait les verres et les piments, au point de me faire peur un peu.
Après ces quelques frivolités, mon boss Michel eut une remarque pertinente, c’est moi où le serveuses sont de plus en plus jolies, et de me réprimander lorsque mon regard viendra se noyer dans le décolleté de la demoiselle. C’est qu’il n’avait pas tord et il ne faisait que soutenir l’hypothèse d’une blague vieille comme le monde : « Mademoiselle, le champagne vous rend jolie. Flattée la demoiselle répondra, mais je n’en suis qu’à ma première coupe. Oui mais moi j’en suis à 10 »
Bref il est 23h, temps pour moi de partir sous d’autres cieux. Pas question, ce n’est pas fini, nos allons dans un autre bar. Et merde, désespérément, je tentais le coup de : mais c’est l’anniversaire de ma petite amie, mais en vain, il paraît que je suis pas crédible.
Nous voici donc en route pour la prochaine étape. Plus calme, cela permet de reprendre ses esprits car ils font tous les malins mais à 2h au plus tard ils seront couchés. Chose qui se produira immanquablement, non sans avoir fait un tour au Fashion TV bar (cela reste une tragédie car cette boîte m’as-tu-vu reste l’endroit préféré des jolies expats) pour rejoindre mes amis. Mon boss semblait être sur une autre planète et il était de plus en plus proche de l’haleine de notre chère allemande…enfin à première vue car le lendemain il m’avouera qu’elle l’aidait à rester debout. Bref ils m’abandonnent et me voici lancer dans un classique des soirées saïgonnaises avec un duo Apocalypse, Go2 pour un dodo à 4h30 du matin et un réveil à 7h30 pour aller voir un fournisseur…il paraît que ce n’est qu’une question d’habitude…
lundi 19 janvier 2009
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