vendredi 28 août 2009

vendredi 21 août 2009

Taberouet, c'est pas wonderful ça!

Tout commença par une belle journée d’ anniversaire, une troisième place arrachée au très relevé tournoi de basket de la chambre des commerces taiwanaises. 8 équipes, 6 taiwanaises, 1 philippine, 1 batarde répondant au joli nom d’Asian Tigers : c’est la mienne ! Mélange de canadiens, américains, taiwanais (un espion dont on fera bientôt sauté la couverture), vietnamiens, frenchies etc etc
Arrachée car il a bien fallu s’employer. Allez faire comprendre aux arbitres que certes il faut être gentil avec les taiwanais car ils risquent de pas être réembauchés pour le prochain tournoi, mais il faut savoir rester discret. Même discrétion d’ailleurs à employer pour cette jolie petite arbitre, petite amie d’un joueur de l’équipe philippine…..mais il paraît qu’on se fait des idées. Bref, après cette 3ème place et un après-midi relâche, quoi de mieux qu’un bon ciné en solo le jour de son anniversaire ? Quoi de mieux ??, et bien à peu près tout autre plan n’incluant pas ce relan pathétique ressenti lors d’un anniversaire en solitaire dans une pièce noire . Je fus sauvé par une rencontre impromptue dans la rue qui me valu un sympathique petit diner à la place en compagnie d’une partie de la crème saïgonaise, qui plus est dans mon resto préféré. Ca aurait pu être inoubliable si seulement je ne m’étais pas enfilé une pizza pour mon goûter de 18h.

Partant le Mardi matin, il était grand temps de ne pas encore préparer ma valise et d’attendre encore un poil. C’est tellement grisant de faire une valise en vitesse et de s’apercevoir, lors du survol de la Malaisie de l’oubli de son permis de conduire alors que l’on part….en road trip bien sûr

Mais avant de penser vacances, il serait de bon ton de fêter cet anniversaire dignement. Agé officiellement de 26 ans et officieusement de 34, je vais finir par m’autodater au carbone 14 histoire d’avoir une fois pour toute une réponse claire, nette et précise à mes rhumatismes persistants et cette calvitie arrivée au stade de la puberté.
Le rendez-vous est lancé au marché Ben Tanh, marché à touristes magnant à merveille les grandes tablées, les brochettes et les frites. Une belle 20aine de personnes sont là réunis, ou plutôt devrais-je dire sont là serrés sous une toile de tente de 2m2 non étanche. Ne pleure pas Vietnam, je reviendrai vite, sèche ta pluie et vite fait, il fait chaud là-dessus et le combo transpi pluie est pas des plus sexys.
Après avoir accompli notre œuvre de plus de 100 brochettes ingurgitées et presqu’autant de bières, vint le temps des cadeaux. Une superbe photographie de moi-même à en rendre fière ma môman et jaloux Patrick Timsit (que je considère depuis toujours comme un canon de beauté et de virilité masculine). Elle me permettra également de flatter mon ego lors des longues nuits d’hiver vietnamiennes où la neige empêchera toute excursion dans le monde civilisé…oups désolé j’étais déjà en mode Canada. S’en suit la magnifique offre d’une non moins magnifique valise, point d’orgue de mon plan pour faire mes bagages avant le grand saut le lendemain matin : je tiens donc à remercier ma mère de m’avoir fait naître le 26 et non le 28, sinon j’aurai été bien embêté.
ET ce n’est pas fini, à l’intérieur de cette valise se trouvait une collection de breuvage énergisant à en faire pâlir un représentant commercial. C’est ce même breuvage qui, à la longue, vous fait avoir des palpitations cardiaques et des tremblements du plus bel effet lors d’un rendez-vous professionnel.

Ainsi chargé, il était temps d’aller faire rugir un dance floor, un lundi soir, grande première, avec pour thème : paye ta semaine après être sorti dés le lundi, moi je m’en fous je suis en vacances demain.
Nous ne serons pas déçus, la foule était absente, les barmens baillaient mais un splendide happy birthday fit tout de même trembler les murs et nous valu une bouteille offerte par un pauvre bougre inconnu. Son offrande fut fêtée comme il se doit.
Il est venu le temps des au-revoir, c’est pas tout ça, j’ai une valise à finir et l’offrande commence à faire son œuvre. Il faudrait tout de même pas que je me retrouve avec 1 slip et 7 chaussettes pour 3 semaines (vous aurez noté le côté non pratique d’avoir un nombre impair de chaussettes).
Le départ est sonné, je m’apprête à combattre mes 40h de voyage sans sourciller. Enfin ça, c’était avant que Lufthansa m’offre mon cadeau également : un upgrade en business class pour la partie Singapour-Franckfort. Me fondant dans la masse, je sentis des pics me transpercer le dos lorsque mon chemin biffurqua de celui du commun des mortels : non, point de poulailler pendant 12h avec les genoux aux oreilles et, avec ma chance légendaire, de gamin geignards ou de chinois crachards ou d’indiens vénérant le côté culinaire de la doctrine des sumos ou de prêtres en bon et du forme.
Le choc, les yeux se fixèrent sur moi lors de mon entrée triomphale dans l’antre du bien être. Il faut dire que ma classe naturelle était quelque peu masquée par mon polo difforme, mon short au ras des fesses et mes baskets blanches gris clair. Afin de surmonter le trac, je m’empressai d’empoigner un verre qui se trouva rempli de champagne. Même pas le temps de déguster, il faut avoir vidé son verre avant le décollage..et hop cul sec.

Voici les quelques différences les plus notables que j’eusse remarqué durant cette période que je qualifierai d’étude sociologique poussée :
-l’entrée et le plat du diner business ne rentre pas dans un dé à coudre avec pour conséquence qu’il est impossible pour les hôtesses de tout faire rentrer sur un seul plateau
-les pâtes en business ne sont pas sèches, elles sont pleines d’huile
-en position couchée….ben déjà il y a une position couchée
-en position couchée, je ne vois pas ma voisine allemande au premier abord peu sympathique
-en business, les écouteurs marchent pour regarder des films et il y a des films
-en business, on dort et on se réveille au moment du survol de l’Ukraine, vous donnant une irrépressible envie de crier de joie. En economy, on dort et on se réveille au moment du survol de la banlieue de l’aéroport de départ, vous savez que ce sera long, très long
-en business, il y a des boutons de partout, cela peut vous occuper au moins la moitié du trajet
-en business, vous avez accès au lounge business arrivé à Franckfurt. Vous avez donc droit au distributeur de bonbons gratuits et aux sièges rembourrés sans les accoudoirs en métal
-en business, vous priez que ce sera Noël tous les jours et espérez que, pour la seconde partie du trajet, aura lieu un nouveau miracle
-en business, vous déchantez vite et vous vous résignez à retourner dans la cage à lapin
-en economy, vous n’avez aucune illusion, aucun rêve de grandeur, vous pliez les jambes et attendez. Je suis sûr que la patience tibétaine est tirée d’un sage ayant voyagé toute sa vie en classe eco
Mais au moins, en eco, vous êtes content d’arriver….

Place au passage de la douane. Bonjour madame. Ben dites donc qu’est-ce que vous faites comme métier pour voyager autant. La fatigue vous donne l’envie de faire de l’humour : trafiquant d’armes…vous vous abstenez, vous n’êtes pas en grande forme pour refaire direct le trajet inverse. Que venez-vous faire au Canada ? Je suis en vacances. Va falloir être plus précis. Je viens voir ma sœur et accessoirement passer quelques soirées dans des boîtes de striptease. Vous lui avez ramené des cadeaux ? Je ne suis pas si proche que ça des strip teaseuses, oups pardon ma sœur, non pas de cadeau.
Je sentis un regard accusateur….et dis donc machin je viens de faire 40h de voyage pour venir la voir, vous trouvez pas que ça vaut mieux qu’une boule à neige de l’hôtel de ville de Saigon ? Surtout que tout saïgonnais qui se respecte sait que ce ne sera possible d’avoir cet objet de collection que dans 3ans, date à laquelle le dérèglement climatique fera connaître son premier blizzard au Vietnam.

Récupération des bagages sans ombrage et plongeon dans le taxi. J’avais oublié le bonheur de la route la fenêtre ouverte sans avoir le pot d’échappement d’un camion vous faisant sournoisement comprendre que non, le moteur n’est pas bien réglé. J’avais oublié l’odeur de l’herbe, à Saigon, même l’herbe sent l’essence. Et enfin, j’avais oublié la note pour ces 45 minutes de plaisir routier, 20 fois plus cher qu’à la maison, paye tes graviers.
Arrivée à l’auberge, ambiance roots à la cool. Eh dis donc, j’ai voyagé la moitié du temps en business, t’aurais pu attendre au moins deux phrases avant de me tutoyer. J’ai droit à deux options : une à 30 dollars dans un petit appart de 8 personnes complètement vide avec salle de bain et une à 80 dollars dans une chambre privée et vide sans la salle de bain. Il m’a bien fallu 2 secondes pour réfléchir et encore je mets cela sur le compte de la fatigue.
J’en aurai presque oublié mes 40h dans les cieux et donc de l’odeur qui en découle. La douche est salvatrice et me remet un coup de fouet. De toute façon, en traversant la moitié du globe, on a du mal à remettre les pendules à l’heure et le cadran solaire perd la tête. Qu’à ne cela ne tienne, ne ressentant aucune lassitude de mes membres les plus importants, je me mets en route pour une petite balade en ville, sur des trottoirs avec des arbres et des terrasses : incroyable !!!! Point de mauvaise foi, tout ceci existe à Saigon, vous avez même droit à un surcroit d’aventures lorsqu’il vous prend l’envie de traverser une rue mais simplement l’âme n’est pas la même….Je ne suis donc pas plus dépaysé que ça, il fait chaud, les gens parlent pas ma langue, à quoi bon faire tous ces kilomètres ?
Premier élément de réponse : la pâtisserie qui n’a curieusement pas pris le chemin de la crème à outrance et des couleurs flashy pour attirer l’œil des motos les plus vives. Deuxième élément : le cinéma, un bon gros blockbuster avec des voix à l’accent……enfin à l’accent quoi, pendant un temps, je me suis demandé s’ils ne se servaient pas du même site de piratage que moi.Troisième élément : le burger omniprésent et omniscient, ce n’était que le début et naïf que je suis, je ne pensais pas que celui-ci s’inviterait dans mon assiette au moins tous les deux jours…adieu donc, mes 10kg envolés à la sueur de mon front, bras, main, jambes, dos, ventre, fesses, genoux et coudes. Compilez à cela quelques donuts bien sentis de chez Tim Hortons, toujours frais et vous sentez déjà vos jambes flagellées devant le surpoids que vous leur imposerez lors de votre retour à la dure réalité de la vie.

Ce n’est pas tout ça mais il s’agirait de s’équiper, un périple d’une semaine en terre gaspésienne m’attend et c’est plus ambiance tentes vs moustiques que lit douillet vs massage. Chaussures au pied, off l’anti moustique des héros à la ceinture vous êtes prêt à affronter les maragoins qui botteraient le cul en 2sec à leurs cousins viets : ils piquent à travers les jeans et ils n’ontpas peur de la clim’, ils passent l’hiver à -40°, ça conserve !

Paré, j’enfile le sac à dos et patatra, ça brûle. Dites moi pas que c’est pas vrai ! Moi élu plus beau bronzage de Saigon par moi-même , j’ai choppé des coups de soleil !
Impossible, 1 an pour rendre ce teint si hâlé et sexy et voilà qu’en un après-midi tout est fichu ! C’est à n’y comprendre, j’étais déjà en pull à 16h, il faisait 25°C donc il faisait froid. Reprenant mes esprits, je me dirige vers le lieu de rendez-vous en plein milieu du village gay de Montréal. La force de mon regard a empêché un mec en slip de me sauter sur les genoux pendant que je mangeais ma césar salade. Le fourgon arrive, nous sommes 7 et 2 ont pris de l’avance en stop. Le coffre ferme difficilement et c’est parti pour la première leçon de conduite d’une automatique. Ca n’a vraiment aucune saveur, c’est comme conduire un scooter, on ne sent rien, aucune adrénaline lors d’un rétrogradage, poignée dans l’angle, accélération pour passer dans le mètre qui sépare ce camion de ce bus. Enfin du moment qu’elle nous mène en Gaspésie, après 10h de route, on va pas se plaindre.

Le programme est chargé pour cette semaine, je suis entouré de jeunots de 19 à 22ans, en pleine fleur de l’âge de l’insouciance. Quoique, se faire engueuler par une demoiselle de 19 ans parce qu’on n’a pas mis sa ceinture vous ramène des années en arrière ou tout simplement la semaine d’avant lorsque vous faisiez votre tour habituel des fournisseurs des banlieues industrielles d’Ho Chi Minh : on prend vite de mauvaises habitudes.
Et là, le coup de poignard tomba. T’as quel âge ? 26ans. Oh ben ça va. Ce « oh ben ça va » hantera mes nuits pendant longtemps

Les randonnées s’enchainent à un gros rythme jusqu’à cette journée. On l’appelle la journée dans le milieu. 32kms, 3 monts, 1500m de dénivelé. Avez-vous déjà ressenti cette impression, à la fin d’une journée, que vous vous porteriez beaucoup mieux sans vos jambes ? Non ? Et bien je vous le conseille, on se fend vraiment la gueule, quelle joie de boiter et de tordre du cul pendant 5 jours.
Enfin en attendant, les petits jeunots étaient pas à la fête non plus et heureusement que bibi était là pour les réveiller à 7h30 du mat’ après une bonne cuite chez notre ami Yves. Et oui ça ne s’improvise pas une formation aux joutes nantaises et saïgonnaises et ça vous forge une endurance contre le sommeil de tout premier ordre.

Le beau temps est au rendez-vous, cela me permet de retravailler mon bronzage cycliste qui fera fureur sur les dance floors. Les paysages sont aussi au rendez-vous. Que ce soit sur terre ou sur mer, tout y est, du beau, du grandiose, du vertigineux. Un remake de la guerre du feu s’improvise lors de nos soirées barbecues. On aurait pu vaincre haut la main si seulement les canadiens n’avaient pas la merveilleuse idée de mettre la grille à 1m au-dessus des braises.
Même Rahan bouffait cru quand il était à court d’allume barbec chimique alors bon…..

La route défile, nous permettant de faire tout le tour de la péninsule, l’auto stop a ses hauts et ses bas et définitivement ses hauts lorsque les filles sont sur la route. Je ne m’y suis pas essayé, histoire d’éviter de froisser tout le monde. A la place, je m’essayais à l’automatique. Un vieil instinct shumacheresque me fit freiner du pied gauche plusieurs fois. Après que mes compères eurent manger deux fois avec le nez le siège devant eux, je me ravisais et adoptais une conduite plus souple dite à la papa.
Encore plus tranquille lorsqu’il s’agissait de monter et descendre des pentes à 17%, chargés comme des mulets ou comme on dit au Vietnam, comme des Honda Wave. 3 semaines après, les freins doivent toujours être chauds, en tout cas l’odeur d’œuf pourri cuit s’est incrusté dans les pores de cette belle ville de Percé. Tout ça pour aller dormir au camping d’une auberge ayant acceillie Mittérand himself. La légende veut qu’après son séjour, M. Mittérand eut appelé son homologue américain pour le forcer à accélérer le développement d’un appareil de guidage, appelé de nos jours GPS.


Après cette semaine de camping, cailloux dans le dos, lever 7h avec le soleil, me voici parti pour 15 jours de matelas mous. Vous ajoutez à cela les 6h que je viens de passer par terre à l’aéroport de Frankfurt et vous obtenez une courbe de dos rappelant bien des personnages blessés de la littérature française.
Mais rien ne viendra gâcher les retrouvailles avec ma sœur, the country specialist que le monde entier envie au Nouveau Brunswick et Denis, mon bof, the folk rocker fou. Au menu, sieste, pastis et tournée de groopies. Vous l’aurez compris, rien à envier au célèbre mais quelque peu dépassé mer, sexe et soleil (oui tout se traduit en province francophone).
Tout commença calmement avec un concept mis au point avec mon bof : je fais rien. Durant 2 jours, nous appliquâmes cet art de vivre et devant les moqueries silencieuses, je tiens à vous préciser qu’il faut être beaucoup plus fort mentalement pour ne rien faire et l’assumer que de courir et en pleurer.

Remis sur pied en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, je vous préconise les Whippets. Une superbe petite friandise qui ravira petits et grands et que les grands auront tôt fait de ranger dans le placard du haut pour ne pas que les petits y touchent. De vagues projets de ponçage de barrière, d’élévation d’escalier furent un temps évoqué avant que l’huilage de la balançoire du square voisin ne soit déclaré seule action d’utilité publique imaginable sous ce beau soleil monctonien. Depuis les habitants de ce joli quartier vivent en paix et en harmonie avec les sirènes de la police.
Belle image pittoresque que voila pour décrire cette bourgade de Moncton. Reflets pour amateurs car le lendemain de mon arrivée, cette ville doublait sa population pour accueillir le plus gros show d’ACDC lors de sa tournée triomphale américaine. Résigné à l’idée d’attendre 8 heures sans bouger ni pisser avant de pouvoir faire vivre le rock’n’roll qui est en moi, je me rabattais sur une soirée lecture, endormissement, lecture et endormissement.

La rivière chocolat, la baie de Fundy et l’île du prince Edouard n’étaient que des moments de préservation mis au point par mes deux hôtes avant d’affronter l’ogre acadien. Méconnu du grand public, l’acadien n’a rien à envier à personne. Descendant de bretons et charentais principalement, il était déjà mal parti dans la vie pour qu’on dise de lui qu’il a bon caractère. Ne le confondez pas avec un québécois, il saura vous le faire payer. Ce serait comme de traiter un parisien de non parisien
Fier de ses origines et son pays, il eut aussi son lot de souffrance. On fera court sur la part historique de ce post mais les acadiens vécurent eux-aussi une déportation au 18ème siècle. Perpétrée par les anglais, elle avait pour but l’approvisionnement en esclaves des provinces du sud remplies de champ de coton. C’est exact, ils donnèrent un coup de main aux africains. Pas seulement au travail, ils eurent leur part de gloire inconnue dans la création du blues, mélange de rythme africain et complaintes acadiennes. Si aujourd’hui, le français reste présent en Louisiane, c’est grâce à ses cajuns déracinés de leurs terres.
Revenu discrètement sur leurs terres volées qu’ils mirent longtemps à façonner, ces défricheurs d’eau, comme on les nomme, gardent de cette époque une grande rancœur et un patriotisme exacerbé dont les anglophones restent une cible privilégiée. Ils n’ont pas de nation et sont dispersés aux 4 coins du monde, cela ne les empêche pas d’afficher fièrement leurs origines.

C’est dans cette ambiance quelque peu troublante que je passais 10 jours, au beau milieu du congrès mondial acadien qui a lieu tous les 5 ans.
250 ans après cette tragique histoire, les nouvelles générations n’ont toujours pas oublié et n’oublieront certainement pas tant que des excuses officielles ne seront pas présentées.
Si proche de part nos origines mais si différent de par notre histoire, il est difficile de comprendre ce qui anime ces défilés de drapeaux à la douzaine, ces discours parfois limites arguant les foules à se manifester. En prendre un extrait de 5 minutes et on pourrait penser se trouver dans un pays nationaliste à la limite de la dérive.
Mais là est la magie de l’Acadie, on se sent étouffé par cet environnement, on ne se sent pas à l’aise et par conséquent pas chez soi et pourtant on vous accueille les bras ouverts d’où que vous soyez.
Ce mélange des genres mérite que l’on s’y attarde, que l’on prenne le temps de comprendre, de se poser sur la galerie (terrasse devant la maison) et d’observer le monde s’écouler devant vous avec une bière bien fraîche dans la main, comme une terminaison indispensable au bras acadien.
10 jours après, vous êtes toujours troublé mais dés votre départ, la pression retombe et vous comprenez : comment en vouloir à un peuple montrant sa vitalité au monde par sa musique aux talents multiples et par un pétage de tympan d’une heure, appelé tintamarre, où tout et rien sont utilisés dans le seul but de faire le maximum de bruit.


Revenons à nos moutons pour la partie strass et paillette de ce récit. Le show du jour du bof nous amène à Tracadie, petite ville côtière. A notre arrivée, un chalet de stars nous ait réservé. On nous glisse à l’oreille qu’une personne illustre sera notre voisin durant cette nuit : Roch Voisine.
J’imagine les petits sourires en coin mais Roch au Canada, c’est un peu comme Johnny en France, on aime, on aime pas, on a toujours un petit moment d’excitation lorsque l’on apprend qu’il est notre voisin de chambrée dans le petit complexe des lauriers à Capbreton, les rails de coco en moins.
Petit show acoustique et intimiste, seule la caisse enregistreuse du bar tournant à quelques régimes viendra troubler la belle tenue de cette soirée.
Les émotions fatiguent et le sommeil se fait léger. Le lendemain matin restera gravé dans ma mémoire à tout jamais. Je suis, à l’heure actuelle, l’une des rares personnes encore vivantes à avoir vu Roch Voisine décoiffé au réveil.
Le mythe de la mise en pli n’est plus, Roch est un humain comme un autre ayant des problèmes capillaires comme les autres. Bien loin de son image de parfait gendre un peu lisse, c’est casquette de baseball vissé sur le crâne que je vins lui serrer la main ou plutôt qu’il faillit me broyer la main. C’est qu’il est costaud et grand le Roch, un peu le Steven Seagal de la chanson. De manière générale, les artistes canadiens sont tous costauds. Très surprenant pour nous autres français. En effet, nous savons tous d’avance le résultat qu’aurait un combat de bras de fer entre Goldman et Cabrel : pas de vainqueurs et deux évanouissements de fatigue en moins d’une minute.

Ce fut une belle mise en bouche avant mon séjour dans le gotha artistique acadien.
Nous nous élançons désormais sur les routes direction Caraquet,la ville hôte du congrès mondial acadien, appelé par les intimes CMA. Au programme deux shows pour le bof : un en solo et un en forme de clou du spectacle en compagnie des plus grands pour un show télévisé de deux heures.
Juste un peu de temps pour aller admirer le bout du monde version acadienne, très joli mais , tout patriotisme mis à part, moins spectaculaire que le bout du monde breton (d’ailleurs je suis pas breton donc on peut pas me taxer de patriotisme). Reste que ce site est coché sur ma liste.

Le homard s’invite à la fête, ainsi que quelques burgers et on peut sentir la tension montée à l’approche de l’évènement. Entre crise, fou rire, crise et fou rire, la chaleur continue à faire son œuvre. La chance a voulu que nous dormions dans une cave. Le village affichant complet, nous nous retrouvons dans les appartements des propriétaires d’un gîte. Au menu pour moi le couloir ! A moi les endormissements tardifs au son des portes claquées par quelques têtes bourrées. A moi également les réveils précipités au son des pas des premiers clients levés au-dessus de ma tête. Dans le soucis de mieux surveiller les allers et venues des clients de leur gîte, les proprios en ont certainement oublié l’option isolation du parquet. Ou alors, tout attentif qu’ils sont, c’était pour être sûr de ne pas nous faire rater l’heure du petit dej’ et il faut avouer que cela aurait été dommage : crêpes du matin, fraises, framboises et autres bleuets frais, sirop d’érable : un must !

Petit saut dans le temps mais promis pas plus d’un jour, nous voici à l’heure du deuxième show du bof. Electrique cette fois et avec sa gang, ça a rocké dans les chaumières. Encore plus appréciable que cette performance était placée sous le signe de la clim’.

Le lendemain, c’est la grosse excitation, ma sœur me déguise aux couleurs locales. Il paraît que mon collier est magique. Il attire les filles qui se doivent de soulever leur T-shirt si elles veulent se procurer l’objet convoité : va falloir choisir sa cible !
Les stands sont de sortie, les saucisses défilent, la bière coule à flot. En attendant, l’inspecteur de l’hygiène alimentaire vient faire son travail et fait fermer une petite estafette juste au moment où j’allais commander mon hot dog au homard à la plus que jolie serveuse. Lui aura droit à un coup de cloche rapproché au moment opportun. Nous venons de toucher un point important de ce séjour : les filles mais que dis-je les beautés. Tout juste remis de mon choc devant une petite marchande de glace au charme confusant, voici que je tombe pour une petite marchande de hot dogs. Il faut dire aussi que la première nommée avait bon sur toute la ligne dés le début puisqu’exerçant le plus beau métier du monde.

Afin d’éviter tout risque de cosanguinité, je pourrai facilement convaincre une équipe saïgonnaise de venir s’essayer à la drague en milieu polaire. N’y voyez rien d’autre qu’une mission humanitaire à grande échelle visant à conserver le rayonnement mondial de ce beau peuple acadien. Et puis cela introduirait des nouveaux noms car à l’heure actuelle, ça ressemble plus au syndrôme Nguyen du Vietnam (pour les non initiés, vous ne trouverez pas un vietnamien n’ayant pas un Nguyen caché ou non dans son nom. Ce qui peut vous faire passer pour un devin magique. Un ami s’est essayé au « Je parie que tu t’appelles Nguyen », cela lui valu une heure complète de révérences et autres courbettes).

Mais je m’égare, il est grand temps pour le show, que l’on commence comme il se doit par un bon tintamarre. Le concept ne pourrait pas faire plus plaisir aux petits comme aux grands. Duran t1h entière, il s’agit de faire le plus de bruit possible et l’on parle bien de bruit. Tout instrument est le bienvenu surtout les plus tordus. Cela donne une marée humaine réussissant à couvrir le son des cloches de l’église ayant pour mission de donner le coup d’envoi du tintamarre. Attention au deuxième effet kiss cool, vous avez ensuite l’impression pendant toute la soirée qui suit de vivre dans une bulle auditive à l’écart de vos congénères.
Armé du badge VIP, nous entrons en backstage pour le grand show. Bien que ne faisant pas parti de la programmation, Roch fait son apparition. Intimidé par la foule se pressant autour de moi, il n’osa pas s’approcher pour me saluer. Eblouissant, je ne me rendis compte que 5 minutes plus tard que je me trouvais à proximité des poubelles et que c’était l’heure de la fin du repas….
Qu’à cela ne tienne, je continue ma ronde et observe ces stars au nom inconnu en France: Radio Radio, Fayo, Pascal Lejeune, il y a du talent à revendre en Acadie. Mais ma concentration faiblit, je ne peux m’arrêter d’y songer. Où peut-elle bien être ? Ca y est elle sur scène, je la remarque. Je remarque également la jolie choriste derrière elle : on n’est jamais trop prudent, toujours protégé ses arrières, jeune padawan.
Natasha est on stage comme on dit dans le jargon. Admiré plus qu’écouté auparavant à la télé, la voici en chair et en os devant moi. D’humeur taquine, enfin pas plus que d’habitude, je remarque instantanément que Natasha a des jambes disproportionnées, quel dommage. Quel dommage, quel dommage, mais non, à quoi bon chercher la perfection, mes yeux défilent, je la regarde chanter et l’écoute sourire : tout est embrouillé, je fonds.
Adieu jeune vendeuse de glace, adieu jeune vendeuse de hot dogs, à moi Natasha et toi aussi la jolie choriste ! Le show se termine sous les houra de 50000 personnes assorties de 50000 drapeaux, une ambiance festive, un bof au top, une estafette de hot dogs réouverte. La joie est là !

Au sortir de la zone VIP, je n’ai que d’yeux que pour croiser ceux de Natasha. La voici, j’eus à peine la satisfaction de serrer la main au lieutenant gouverneur de la province , un ami de la famille paraît-il, classe !
J’eus droit à mon petit regard, c’est bon je peux rentrer au Vietnam avec le sentiment du devoir accompli.

Les derniers jours de ce mois hors norme ne seront consacrés qu’au shopping à Montréal et surtout au trajet de retour qui durera 3 jours. RAS et Rideau !

Ambiance....

Ambiance....