lundi 23 février 2009

Le Vietnam en 5 sens: Tome V

Refermons cette saga entamée lors de mon arrivée. Six mois après, me voici enfin en mesure de vous faire découvrir les aléas du goût au Vietnam. L’aventure c’est l’aventure comme on dit, et dans ce domaine, le Vietnam se réserve le droit de lâcher quelques pépites à vous faire frétiller les papilles ou, au contraire, à vous incommoder la glotte pendant quelques heures. Il ne sera pas seulement question de nourriture ici, bien que des fois l’odeur suffise à vous embaumer le palet de douces et aigres émanations. Il semblerait que j’ai découvert ce week-end le fin du fin en termes de nausées.
Celle-ci concerne le mijotement de la fish sauce. Bien loin de notre bouillabaisse nationale, le secret de cette sauce qui accompagnera si goulument vos petits plats est la macération en jarre de 60L, le tout entreposé sous le soleil lumineux et rougissant du Vietnam. Un jour passerait peut-être mais ce sont des jours et des jours qui sont nécessaires à l’élaboration de ce trésor national. La sauvegarde des traditions peut quelque fois laisser un goût amer dans la bouche si vous me permettez l’incartade.
L’heure choisie peut également avoir ses conséquences dans votre manière de percevoir vos émotions. Disons simplement que l’on est beaucoup plus tolérant à 14h qu’à 8h du matin après avoir faussement dormi 4h à écouter la douce mélodie sortant de la bouche grande ouverte de votre dano vietnamien préféré, mais plus pour longtemps ; après vous être réveillé à 5h pour aller admirer ce lever de soleil admirable en sommet de dunes rouges surplombant la mer ; et pour finir après avoir batailler toute la nuit avec vos chevilles que ces sournois de moustiques ont pris pour une cible de fléchettes alors que vous admireriez les étoiles que vous n’avez pas vus depuis 6 mois : ils doivent sentir vos moments de faiblesses.


Donc le goût : venant d’une famille aimant au moins autant aussi bien manger que parler fort (les frites Mc Cain auraient déposé le bilan chez les Doré), voici un sens primordial que l’on se doit de chouchouter. Au bord d’une route, en surplomb d’un pont, en restaurant 4 étoiles, il y a toujours matière à découvrir l’extase. Tous les goûts sont dans la nature et pour éviter la saturation qui guette nombre de mes compatriotes ici, il convient de picorer de chaque culture en prenant bien soin d’alterner.
C’est ainsi qu’au bout de 6 mois, vous aurez toujours autant de plaisir à manger votre pho ou le fois gras poêlé, de mon désormais restaurant français préféré. L’avantage d’être dans un pays qui ne méprise pas les autres cultures culinaires c’est que l’on a accès au fin du fin du monde entier.
Vietnamien, cela va de soit, chinois, thaï, japonais, coréen, indien, australien, marocain, turc, italien, espagnol, français, allemand, tchèque, américain, brésilien et j’en passe. Vous trouverez de tout et surtout de l’authentique. Vous serez également surpris d’apprendre que les tchèques font la cuisine.....
Vous n’avez par exemple aucune chance de manger des rouleaux de printemps dans un restaurant chinois au contraire de beaucoup d’établissements en France se vantant de pouvoir vous faire découvrir des spécialités asiatiques aussi diverses que les spécialités chinoises, vietnamiennes et thaï car il est bien connu que tout se ressemble en Asie. Quelle hérésie !
Si la Thaïlande a pour moi la plus succulente des cuisines, le Vietnam est loin d’être ridicule. Je n’en dirai pas autant de la cuisine indonésienne qui n’est vraiment pas restée graver dans ma mémoire mise à part quelques spécialités balinaises.

Quelques différences notables, là où le Vietnam se base essentiellement sur les herbes aromatiques, les chinois se basent eux sur l’utilisation abondante du contraste sucré salé arrosé d’un peu de gras. Et oui, sans vouloir généraliser, les chinois ont plutôt tendance à être enrobé tandis que les vietnamiens sont athlétiques voire plus maigres encore. Régime culinaire ou faute de moyens, il a été scientifiquement prouvé que plus un pays est riche, plus les gens qui s’y trouvent sont confrontés à des problèmes de surpoids et de cholestérol. Qu’adviendra-t-il du Vietnam quand l’oncle Sam et son pote Ronald auront définitivement ouverts leurs valises remplies de mayonnaise ? Mieux vaut ne pas y penser. Mais le résultat risque de ne pas être beau à voir vu le peu d’infrastructures sportives se trouvant ici.

Le Vietnam, où il est impossible de faire 10m sans avoir un restaurant ou une petite roulotte vous concoctant votre petit pho ou vos nouilles sautées dans un poêlon à vous faire évanouir M. Propre.
Vous dégustez aussi bien de petit blinis de riz, fourrées au porc, crevettes et herbes du jour, le tout cuit dans un petit marmiton individuel au bord du port de pêcheurs de Mui Ne. Vous vous arrêtez au bord d’une des artères principales du centre ville pour manger des coquillages, après cela, le fat qui sommeille en vous reprend ces droits et vous emmène directement au Black Cat dévorer le plus gros hamburger d’Asie. Pour faire glisser le tout, vous surfez sur votre moto jusqu’à Chez Fanny et ses glaces au caramel salé ou chocolat pimenté. Le lendemain, vous vous levez direction Tous les jours et ses croissants. Le midi, vous décidez de commander et appelez chez Guido et son menu de 40 pages, le soir, c’est foie gras du Tit Coz ou chorizo frit du Pacharan, à moins que les fruits de mer de Ngoc Suon ne vous interpellent. Vous tenterez bien une fois ou deux, un petit KFC mais vous en resterez là. Mc Do aura-t-il raison de ces efforts de découverte ? Aurai-je encore le courage de monter sur ma moto et de filer tout droit sur les berges du fleuve, manger les délices de ce Vietnam caché, sous le défilé des avions déversant ces flots de touristes prêts à manger des rouleaux de printemps au kilo ? Je crois que l’effort de sera pas surhumain.


Tout comme un français passe pour un fou à passer la journée dans sa cuisine pour préparer des petits plats, le Vietnam répond à ses codes également. Tout va plus vite, madame est servie en moins de 5 minutes top chrono. Devant ce servise express, vous pourriez vous oublier et commettre l’irréparable. Tout n’est pas fait en cuisine, à vous d’apporter votre touche personnelle qui fera passer votre assiette de « au moins j’ai plus faim » à « Mademoiselle, est-ce que je pourrai avoir une autre assiette ». Il ne s’agit pas de se jeter sur sa fourchette dés le plat arrivé et de tout dévorer. Ménagez-vous, observez, déjà cette assiette n’est à vous, vous la partagez avec tous vos convives : pourquoi se limiter ? Ensuite apprenez à utiliser la bonne sauce au bon moment, à aromatiser de la bonne herbe, le bon plat. Faites des tests. Enroulement salade et basilic, trempé dans un mélange sel poivre citron vert contre un enroulement salade menthe, trempé dans un sauce aigre douce.
La variété des plats n’est peut être pas hors normes, mais c’est la multitude de façons de l’accommoder qui l’est.


Mais le tour n’est pas fini, même si votre dernière virée à l’alcool de riz vous a presque amputé de toutes vos sensations papillaires. Vous choisirez un vin de Dalat, un vin australien, chilien, espagnol, argentin, italien, français. Aucun merci, l’importation n’a pas l’air de leur faire du bien mis à part quelques bons crus, majoritairement non français. Je vais me soigner à la bière fade : Tiger, 333, Saigon beer rouge, verte noire etc etc . Le tout pour mieux savourer votre prochaine Duvel prise dans un petit bar de Bruxelles. Vous y serez bien obligés, vous n’aurez aucun accès à ces jus de fruits frais mixés sous vos yeux, à ces milk shakes à la fraise, à ces smoothies ananas, pastèque, goyave. Vous ne vous épuiserez pas sur votre jus de banane tout frais, tellement frais qu’il n’est pas fini de mixer et qu’il a du mal à passer par la paille.

dimanche 22 février 2009

Mui Ne Mui Ne Mui Ne






Le mieux est que je ne commente pas ces photos, je ne voudrai pas à rajouter une couche à votre détresse. Biz les amis































jeudi 12 février 2009

Dans ma rue

Loin de moi l’idée de plagier notre mémorable et historique Doc Gyneco et sa pertinente description des quartiers chauds parisiens, devenus depuis endroits à la mode où les cocktails on remplacé les seringues (d’après le dernier exemplaire Elyséen de Vivre bien avec peu, best seller vendu à des millions d’exemplaires selon les estimations policières…..bam je me sens d’humeur manifestante et politique en ce moment et je me délecte à me pavaner dans les rues saigonaises avec mon beau T-shirt, offert par mes deux SNCFards préférés, de couleur rouge pour faire local avec de délicieuses inscriptions dessus sur les bienfaits de notre monde moderne.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, un éclaircissement s’impose, vous me voyez utiliser deux appellations différentes pour ma ville : Ho Chi Minh City et Saigon. Cela ne représente en aucun cas la même chose, Saigon est le centre historique de la ville, représenté par les districts 1 et 3. Cœur de la ville au moment du colonialisme, elle est aujourd’hui le symbole d’une certaine débauche humaine et d’une dérive facile vers la bestialité où argent et sexe se partagent relativement équitablement les parts de marché et les restes humains. Seul un petit village d’irréductibles résistent contre les vautours. Insouciance ou réel sadomasochisme, ces résistants sont également de grands fans de ce mini écosystème car il faut bien l’avouer, on s’y fend bien la gueule quand même.
Ho Chi Minh City est l’appellation de la ville regroupant toute l’agglomération beaucoup plus étendue que du temps de la francisation de feu l’Indochine.
Vous avez le choix entre une appellation poétique fantasmant sur un passé soit-disant glorieux et puissant apportant la divine parole aux confins de notre planète et une appellation, teintée elle, de culte à la personne imposant un certain immobilisme idéologique.
Je ne permettrai en aucun cas de donner des leçons d’histoire, n’étant pas expert en la matière. Vous vous rendriez compte, avec une étonnante facilité, de la supercherie. Par contre je me permettrai quelques pics humanistes, bien moins demandeur en culture générale.

Il est vrai également que les signes d’une certaine rancœur sont beaucoup moins visibles qu’en Afrique ou dans les Antilles. Tout d’abord, la culture asiatique est demandeuse de ce type de comportement, les visages sont impassibles, les relations restent compliquées, on peut sentir un environnement latent de délation teinté de paranoïa. Les vietnamiens sont de nature très curieuses. Il est très fréquent de voir un attroupement d’une quarantaine de personnes autour de deux personnes s’échangeant des mots doux à fort volume sonore. Ni famille, ni amis, ce sont des badauds de passage se délectant de ce petit potin passager, cela leur fera une histoire de plus à raconter autour de la prochaine bouteille d’alcool de riz. Cette curiosité-ci n’est pas condamnable, bien au contraire, elle est même amusante. J’imagine d’ailleurs parfaitement bien le dur labeur qu’aurait Bison Futé à prévoir les conditions de circulation ici. Imaginez un temps soit peu un mini bouchon sur le boulevard Haussman parce que Marcel n’a pas rendu L’Equipe à Tonton Simon pour son café journal du dimanche : ce n’est pas sérieux.

Par contre cette curiosité peut vite devenir dérangeante lorsqu’elle amène les motobikes à rendre compte au chef du quartier de vos moindres déplacements ou alors lorsqu’elle vous ramène à la frontière car votre voisin est allé s’inquiéter à la police que vous ne soyez chez vous que la journée et pas la nuit. Il s’agit bien sûr du voisin de votre bureau clandestin car vous n’avez pas voulu déclarer votre société aux autorités locales. C’est fou ce sentiment d’impunité qui sévit dans les communautés expatriées. Cette pensée d’être au-dessus de tout lorsque l’on ne comprend rien. La condamnation serait trop facile pour autant car comment ne pas prendre part au système et ne pas prendre au sérieux ces valeureux policiers lorsque leur deuxième question après le passeport sera de savoir combien on compte lui donner pour qu’il se taise. Engrenage et fatalité et on en viendrait presque à penser que la corruption est culturelle, ce qui représente un constat terrible et, de mon point de vue, un mensonge très grossier du même acabit que nos gouvernants tentant d’expliquer la mutation du préfet pour les violences faites sur les manifestants. Et puis il est toujours plus facile de condamner et de discréditer les plus faibles que l’on aguiche avec notre pouvoir que de se poser de réelles questions sur les conséquences de son comportement.

Mais revenons à la poésie de ma rue. Ma rue n’a pas de voitures, elle le refuse, elle préfère les motobikes, les cyclistes, les marcheurs ou autres chariotes du diable au bruit pétaradant. Ma rue est discrète au milieu de ses sœurs jumelles toutes raccordées entre elles. Un véritable petit quartier sans artères principales. Les maisons sont ouvertes et l’on devine qui est plutôt fan de la star’ac locale ou plutôt fan de la dernière série chinoise à la mode dans laquelle le doublage vietnamien est réalisé par la même personne pour tous les personnages. Dans ma rue, les gens se connaissent et se disent bonjour, ils s’assoient ensemble à la terrasse de la petite chariote culinaire du coin pour déguster leur premier pho de la journée. Ils se racontent les derniers potins du quartier, rient aux éclats, se moquent de vous lorsque vous passez près d’eux avec la tête enfarinée, les pleins phares et la béquille toujours en place sur votre fidèle destrier. Dans ma rue, il y a un garagiste aux doigts de fée, il y a des producteurs de riz collant enroulé dans de la feuille de bananier, il y a une famille qui a passé une semaine à balancer des choux par la fenêtre pour les emmener je ne sais où. Ma rue n’est plus la même le jour ou la nuit. De grouillante, elle passe à morbide, le genre de rue où vous ne vous aventureriez habituellement pas ; pourtant vous ne dérangez que les rats. D’ailleurs ils doivent être en vacances car ils ne me font plus la fête quand je rentre tard la nuit. Dans ma rue le camion de déménagement ne passe pas donc il faut porter jusqu’à la grande avenue, laisser tout en plan et espérer que l’on ne vous vole rien mais ma rue a les plus gentils motobikes trilingues du monde qui surveillent vos affaires et viennent à votre secours lorsqu’un motobike du centre ville a décidé de vous entuber.
Ma rue peut vite être l’aventure si on marche sans se poser de questions, le sens aiguisé de l’orientation devrait être un préalable obligatoire avant d’emménager ici.
Il y a des joueurs de cartes ici, leur meilleur spot pour jouer est le pas de ma porte. Ils jouent des heures, concentrés qu’ils sont, ils ne vous voient pas essayer de rentrer chez vous.
Dans ma rue, des fois ils refont le béton de la chaussée mais tout le monde a roulé dessus avant que cela ne sèche.
Je vois ma rue de la fenêtre de ma salle de bain. J’observe le défilement des maisons d’un mètre de large, certaines sont délabrées, certaines représenteraient le luxe absolu en Chine,les moulures en imposent, les couleurs sont criardes et vite dépassées par la poussière. Ici il n’y a pas de plan d’harmonisation urbaine, le résultat est beau lorsque le voisin du grand fan de vert et orange, est fan lui-même du violet. De là, je ne vois pas de voisines nues, il faut dire que nos emplois du temps sont bien différents, il y a peu de chance que je sois levé à 5h pour les surprendre en train de s’habiller. Dans ma rue, les électriciens sont restés sages et n’ont pas mis trop de fils, enfin juste assez pour que le nouveau stagiaire se trompe vendredi soir et que je me retrouve sans télé et internet pendant tout le week-end. La vie de ma rue est rythmée par le coq du voisin qu’il serait si dommage de décapiter, par la sieste sur le hamac du salon, par le bruit grinçant du ventilateur, par les allers et venues des livraisons de mes repas, par mes courses de chocapic et de jus d’orange à la petite échoppe du coin. Moi je la kife grave, elle n’est pas prétentieuse ni m’as-tu-vu, le combo pyjama-tongs y est l’uniforme officiel. A 60 m, au bout de ma rue, la grande ville reprend ses droits.

Ambiance....

Ambiance....