Après deux mois de rupture, replongeons nous dans l’ambiance des rues d’HCMC. J’aurai pu finir en apothéose avec ce sens mais mon impatience est telle que je n’ai pu la repousser plus loin. L’ouïe. Il faut déjà apprendre à bien l’écrire. Le correcteur d’orthographe peut vous y aider mais pas sûr qu’il reconnaisse toutes les formes d’écriture possible de ce mot : loui, lou ie, l’ouille, mon préféré pour finir lo ouyie. Est-ce un défi lancé à la technologie ou dois-je définitivement arrêter d’écrire dans le noir ?
Nous passerons vite sur le côté hygiène puisqu’il m’a fallu plus d’un mois pour trouver des coton tiges, pour finalement en trouver dans le premier magasin que j’avais fait. Mes recherches n’étaient pas trop poussées à vrai dire et j’étais plutôt ravi de me lancer dans des opérations top secret, digne de Bond, James Bond, dans les salles de bain de mes colocs. Faut dire qu’entre eux travaillant au bureau et moi à la maison, je ne courais pas grand risque de me faire arracher les ongles des orteils par un russe mal luné et à l’haleine rhumifiée. Pourquoi pas vodkaisée me direz-vous ? Tout simplement parce qu’il revenait de vacances aux Bahamas.
Lorsque j’enfourche Viet’Tornado, la motobike du futur, je me concentre plus facilement sur la tête des gens que sur les 2000 nids de poule au mètre carré. Voici une réflexion que je me fais tous les jours : « Diantre, comment font-ils pour accepter sans protester le fourbe coup de klaxon de ce 33t à 1m de l’un de nos organes les plus fragiles ? Devrai-je moi aussi condamner mon hygiène personnelle pour créer quelques bouchons naturels salvateurs ? » . On n’imagine pas quel courage il faut pour se lancer à doubler un bus, un camion, une camionnette. Outre le fait qu’il puisse facilement vous éjecter dans les égouts de la ville, il prendra un malin plaisir à vous faire écouter la nouvelle sonnerie de son klaxon qu’il a téléchargé sur internet. Mais attention, pour les novices qui penseraient qu’un coup de klaxon est un coup de klaxon, un éclaircissement s’impose. C’est un vrai langage qui s’est développé et si vous voulez vous faire respecter, mieux vaut ne pas vous la jouer Bernardo (cf de la rédaction : ami et complice muet de Zorro. Tellement ami et complice que la seule fois où il a parlé c’était pour prévenir Zorro d’un vil danger. Quelle chance j’ai eu de ne voir en tout et pour tout 1 épisode de cette série remarquable, et d’être tombé magiquement sur ce dit épisode) . Bref voici un lexique des traductions que vous pourrez trouver :
-« C’est vert », un classique mais mieux vaut commencer lentement
-« C’est rouge », secrètement voulant dire, c’est rouge certes mais pourquoi tu passes pas quand même
-« Vengeance, fallait pas me doubler ! »
-« tu vois pas que tu me gênes, sans toi je les survolerai les 4 km de bouchon »
-« j’ai pas envie que tu tournes »
-« tu as tourné quand même, enfoiré de touristes »
-« oh regarde chéri, un touriste qui veut faire couleur locale », vous l’aurez compris celui-ci ne vous est pas destiné mais dans le brouhaha ambiant, les couples aussi discutant par ce biais hautement technologique
-« attention tu te rabats sur moi et je vais finir dans les roues du bus »
-« je parie 1000Dongs qu’à la prochaine intersection il n’y a personne et que je vais pouvoir continuer à rouler en 4ème », il n’est pas rare d’entendre à la suite de ce klaxon, un crissement de pneu très aisément reconnaissable
Bref vous l’aurez compris, ce langage routier est beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît et est l’occasion d’un vrai échange culturel. Au coup de klaxon 4 « tu vois pas que tu me gênes, sans toi je les survolerai les 4 km de bouchon », vous devriez répondre « Et connard, tu crois que ça me plait de rester bloqué ici depuis 1h » ou encore « Putain mais t’es vraiment trop con, tu vois pas qu’il y a du monde devant ». C’est ce que l’on appelle un échange sympathique de point de vue. L’élégance vulgaire de la culture française versus la rudesse du bip vietnamien. Vous avez peu de chance de l’emporter mais l’important c’est de participer.
Mais je m’attarde sur des détails alors que vous aurez tout compris à votre premier sursaut où vous manquerez de peu de vous retrouver le nez dans une flaque d’eau légèrement boueuse.
Est-ce l’agression permanente au Vietnam ? Point du tout, il y a des oasis un peu partout en ville. De jolies petites cours intérieures, du lait de coco et le larsen de la sono poussée à son maximum. Ce serait dommage de rater le dernier tube à la mode de la pop vietnamienne. Me direz-vous les jours de chance, vous aurez droit à un morceau d’Alizée, cela vous rappellera le pays et vous serez d’un coup fier de l’exportation de la langue française.
Pour vous mettre dans le bain directement à votre arrivée, je vous conseille l’hôtel Liberty 1. Un personnel chaleureux, un bon petit dej’ et surtout le top, un night club que l’on qualifiera de vietnamien (à comprendre avec air conditionné à -10 degrés, 4 enceintes par mètre carré, pas de piste de danse et personne qui se parle, en même temps si c’est pour rien entendre, autant pas gâcher son énergie. Après on entend dire, les expats vont toujours aux mêmes endroits mais il y a vraiment des raisons à cela, je ne vais pas sacrifier mes facultés auditives pour, lors d’un repas entre amis, me la raconter et dire que moi au moins je suis intégré.
D’une part est-il possible de s’intégrer ?
D’autre part vous retrouverez souvent ce genre de personnage, refoulant tout de l’Occident, traitant de fainéants et de râleurs tous ces compatriotes. Fainéants, apparemment ils ne se baladent pas trop entre 12h et 14h, c’est ambiance hamac un peu partout (vous me direz ils sont intégrés donc ils doivent faire la sieste aussi). Par là, ne voyez aucunement une intention de traîter les vietnamiens de fainéants, bien au contraire, ils travaillent déjà bien assez comme la plupart des gens sur cette terre. Râleur certes mais quel bonheur de ne jamais être satisfait et d’avoir cette réputation universelle à travers le monde. Ce genre de personnage a bien sûr une copine vietnamienne dont il est éperdument amoureux avec laquelle il échange 3 phrases dans la journée : « Bonjour », « Tu veux manger quoi ? » et « Bon on baise ? ». Il vénère le Vietnam au plus haut point et est prompt à vous faire le récit de ses dernières aventures en terres inconnues au milieu d’ethnies paraît-il sauvage. A la fin de la conversation, il n’est pas rare qu’il vous donne la carte du tour operator par lequel il est passé pour vivre ce moment authentique.).
Mais après ce record du monde de longueur de parenthèse, revenons à cet hôtel et la boîte sus nommée : le Wendy’s qui vous fera profiter des meilleures basses de la ville jusqu’à minuit même si vous êtes au 5ème étage.
Après une bonne nuit de sommeil, vous serez doucereusement réveillé par le bruit des premiers motobikes et des travaux du tout à l’égout de la ville (autrement nommé, toute à la rivière).
Le bruit est incessant et partout. On craque certaines fois, on ne fait plus attention à d’autres. On vit avec et on se persuade que cela fait partie du charme de la ville. Qu’est-ce que serait le Vietnam sans ce bordel ambiant ? C’est vrai que l’on pourrait se demander après coups pourquoi on s’est tapé 12000 bornes pour vivre comme à la maison.
Accepter ou Subir, un peu des deux mais surtout en 10 minutes, vous pouvez vous retrouver au milieu de nulle part. Il n’y a absolument rien. Vous coupez le moteur et vous entendez vos oreilles continuer à bourdonner de bonheur : elles ne sont pas rancunières.
Biz
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Ambiance....
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