Loin de moi l’idée de plagier notre mémorable et historique Doc Gyneco et sa pertinente description des quartiers chauds parisiens, devenus depuis endroits à la mode où les cocktails on remplacé les seringues (d’après le dernier exemplaire Elyséen de Vivre bien avec peu, best seller vendu à des millions d’exemplaires selon les estimations policières…..bam je me sens d’humeur manifestante et politique en ce moment et je me délecte à me pavaner dans les rues saigonaises avec mon beau T-shirt, offert par mes deux SNCFards préférés, de couleur rouge pour faire local avec de délicieuses inscriptions dessus sur les bienfaits de notre monde moderne.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, un éclaircissement s’impose, vous me voyez utiliser deux appellations différentes pour ma ville : Ho Chi Minh City et Saigon. Cela ne représente en aucun cas la même chose, Saigon est le centre historique de la ville, représenté par les districts 1 et 3. Cœur de la ville au moment du colonialisme, elle est aujourd’hui le symbole d’une certaine débauche humaine et d’une dérive facile vers la bestialité où argent et sexe se partagent relativement équitablement les parts de marché et les restes humains. Seul un petit village d’irréductibles résistent contre les vautours. Insouciance ou réel sadomasochisme, ces résistants sont également de grands fans de ce mini écosystème car il faut bien l’avouer, on s’y fend bien la gueule quand même.
Ho Chi Minh City est l’appellation de la ville regroupant toute l’agglomération beaucoup plus étendue que du temps de la francisation de feu l’Indochine.
Vous avez le choix entre une appellation poétique fantasmant sur un passé soit-disant glorieux et puissant apportant la divine parole aux confins de notre planète et une appellation, teintée elle, de culte à la personne imposant un certain immobilisme idéologique.
Je ne permettrai en aucun cas de donner des leçons d’histoire, n’étant pas expert en la matière. Vous vous rendriez compte, avec une étonnante facilité, de la supercherie. Par contre je me permettrai quelques pics humanistes, bien moins demandeur en culture générale.
Il est vrai également que les signes d’une certaine rancœur sont beaucoup moins visibles qu’en Afrique ou dans les Antilles. Tout d’abord, la culture asiatique est demandeuse de ce type de comportement, les visages sont impassibles, les relations restent compliquées, on peut sentir un environnement latent de délation teinté de paranoïa. Les vietnamiens sont de nature très curieuses. Il est très fréquent de voir un attroupement d’une quarantaine de personnes autour de deux personnes s’échangeant des mots doux à fort volume sonore. Ni famille, ni amis, ce sont des badauds de passage se délectant de ce petit potin passager, cela leur fera une histoire de plus à raconter autour de la prochaine bouteille d’alcool de riz. Cette curiosité-ci n’est pas condamnable, bien au contraire, elle est même amusante. J’imagine d’ailleurs parfaitement bien le dur labeur qu’aurait Bison Futé à prévoir les conditions de circulation ici. Imaginez un temps soit peu un mini bouchon sur le boulevard Haussman parce que Marcel n’a pas rendu L’Equipe à Tonton Simon pour son café journal du dimanche : ce n’est pas sérieux.
Par contre cette curiosité peut vite devenir dérangeante lorsqu’elle amène les motobikes à rendre compte au chef du quartier de vos moindres déplacements ou alors lorsqu’elle vous ramène à la frontière car votre voisin est allé s’inquiéter à la police que vous ne soyez chez vous que la journée et pas la nuit. Il s’agit bien sûr du voisin de votre bureau clandestin car vous n’avez pas voulu déclarer votre société aux autorités locales. C’est fou ce sentiment d’impunité qui sévit dans les communautés expatriées. Cette pensée d’être au-dessus de tout lorsque l’on ne comprend rien. La condamnation serait trop facile pour autant car comment ne pas prendre part au système et ne pas prendre au sérieux ces valeureux policiers lorsque leur deuxième question après le passeport sera de savoir combien on compte lui donner pour qu’il se taise. Engrenage et fatalité et on en viendrait presque à penser que la corruption est culturelle, ce qui représente un constat terrible et, de mon point de vue, un mensonge très grossier du même acabit que nos gouvernants tentant d’expliquer la mutation du préfet pour les violences faites sur les manifestants. Et puis il est toujours plus facile de condamner et de discréditer les plus faibles que l’on aguiche avec notre pouvoir que de se poser de réelles questions sur les conséquences de son comportement.
Mais revenons à la poésie de ma rue. Ma rue n’a pas de voitures, elle le refuse, elle préfère les motobikes, les cyclistes, les marcheurs ou autres chariotes du diable au bruit pétaradant. Ma rue est discrète au milieu de ses sœurs jumelles toutes raccordées entre elles. Un véritable petit quartier sans artères principales. Les maisons sont ouvertes et l’on devine qui est plutôt fan de la star’ac locale ou plutôt fan de la dernière série chinoise à la mode dans laquelle le doublage vietnamien est réalisé par la même personne pour tous les personnages. Dans ma rue, les gens se connaissent et se disent bonjour, ils s’assoient ensemble à la terrasse de la petite chariote culinaire du coin pour déguster leur premier pho de la journée. Ils se racontent les derniers potins du quartier, rient aux éclats, se moquent de vous lorsque vous passez près d’eux avec la tête enfarinée, les pleins phares et la béquille toujours en place sur votre fidèle destrier. Dans ma rue, il y a un garagiste aux doigts de fée, il y a des producteurs de riz collant enroulé dans de la feuille de bananier, il y a une famille qui a passé une semaine à balancer des choux par la fenêtre pour les emmener je ne sais où. Ma rue n’est plus la même le jour ou la nuit. De grouillante, elle passe à morbide, le genre de rue où vous ne vous aventureriez habituellement pas ; pourtant vous ne dérangez que les rats. D’ailleurs ils doivent être en vacances car ils ne me font plus la fête quand je rentre tard la nuit. Dans ma rue le camion de déménagement ne passe pas donc il faut porter jusqu’à la grande avenue, laisser tout en plan et espérer que l’on ne vous vole rien mais ma rue a les plus gentils motobikes trilingues du monde qui surveillent vos affaires et viennent à votre secours lorsqu’un motobike du centre ville a décidé de vous entuber.
Ma rue peut vite être l’aventure si on marche sans se poser de questions, le sens aiguisé de l’orientation devrait être un préalable obligatoire avant d’emménager ici.
Il y a des joueurs de cartes ici, leur meilleur spot pour jouer est le pas de ma porte. Ils jouent des heures, concentrés qu’ils sont, ils ne vous voient pas essayer de rentrer chez vous.
Dans ma rue, des fois ils refont le béton de la chaussée mais tout le monde a roulé dessus avant que cela ne sèche.
Je vois ma rue de la fenêtre de ma salle de bain. J’observe le défilement des maisons d’un mètre de large, certaines sont délabrées, certaines représenteraient le luxe absolu en Chine,les moulures en imposent, les couleurs sont criardes et vite dépassées par la poussière. Ici il n’y a pas de plan d’harmonisation urbaine, le résultat est beau lorsque le voisin du grand fan de vert et orange, est fan lui-même du violet. De là, je ne vois pas de voisines nues, il faut dire que nos emplois du temps sont bien différents, il y a peu de chance que je sois levé à 5h pour les surprendre en train de s’habiller. Dans ma rue, les électriciens sont restés sages et n’ont pas mis trop de fils, enfin juste assez pour que le nouveau stagiaire se trompe vendredi soir et que je me retrouve sans télé et internet pendant tout le week-end. La vie de ma rue est rythmée par le coq du voisin qu’il serait si dommage de décapiter, par la sieste sur le hamac du salon, par le bruit grinçant du ventilateur, par les allers et venues des livraisons de mes repas, par mes courses de chocapic et de jus d’orange à la petite échoppe du coin. Moi je la kife grave, elle n’est pas prétentieuse ni m’as-tu-vu, le combo pyjama-tongs y est l’uniforme officiel. A 60 m, au bout de ma rue, la grande ville reprend ses droits.
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Ambiance....
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